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Challenges : Le commandant français dans le Pacifique constate "une pression accrue de la Chine"

07 septembre 2023 Revue de presse
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INTERVIEW. La Chine dans le Pacifique (2/4) - Alors que Pékin monte en puissance dans la région, le contre-amiral Geoffroy d'Andigné, commandant de la zone Asie Pacifique et des forces armées en Polynésie française, constate des "choses (qu'il) ne voyait pas avant."

Il est probablement l'un des mieux placés pour analyser le réengagement de la Chine dans le Pacifique. En fonction depuis l'été 2022, le contre-amiral Geoffroy d'Andigné est le commandant de la zone Asie Pacifique et des forces armées en Polynésie française (900 militaires). Disposant de moyens non négligeables (frégate de surveillance Prairial, patrouilleurs, avions Falcon 200...) que la loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit de renforcer, conformément à la stratégie Indo-Pacifique de l'exécutif, il veille à la protection de l'immense zone maritime polynésienne, équivalente à la superficie de l'Europe. Un poste d'observation idoine pour évaluer l'activisme de Pékin dans la région. Entretien exclusif.

Contre-Amiral Geoffroy d'Andigné, Commandant de la zone Asie-Pacifique et des Forces Armées en Polynésie Française.

Challenges - Comment analysez-vous le comportement de l’armée chinoise dans le Pacifique ?

Geoffroy d’Andigné - Nous constatons un changement depuis le 20e congrès du Parti communiste chinois en octobre. Xi Jinping a demandé à son armée d’améliorer son niveau opérationnel. On voit depuis des choses qu’on ne voyait pas avant, comme des unités qui sortent plus loin que la première chaîne d’îles [du nord au sud les Kouriles, la péninsule coréenne, le Japon, les îles Ryukyu et Taïwan]. Fin 2022, les Chinois se sont approchés de notre zone économique exclusive en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie. La manœuvre visait à nous dire : « Nous sommes une marine océanique. » En parallèle, en mer de Chine, nous observons une pression accrue et une politique du fait accompli s’agissant des espaces revendiqués par Pékin. L’emploi de la force non létale (lasers et canons à eau) par les garde-côtes chinois est désormais d’actualité. Les navires chinois nous demandent aussi sans retenue de modifier nos routes de navigation en mer de Chine, ce que nous ne faisons pas bien sûr.

Challenges - Constatez-vous une attitude agressive de la Chine dans la région ?

Geoffroy d’Andigné - Mes homologues canadiens et australiens ont pu être confrontés à des comportements non professionnels de la part d’aéronefs chinois [en 2022, les deux Etats avaient accusé la Chine d’avoir mis en danger un de leurs avions de patrouille maritime]. Ce n’est pas le cas nous concernant. Je note des attitudes maîtrisées, avec un savoir-faire croissant. Depuis 2014, sous l’impulsion de la France et par souci de « déconfliction », les marines de la région ont mis en place avec Pékin un code en cas de rencontres inopinées en mer. Il a servi en avril, lorsque la frégate Prairial a traversé le détroit de Taïwan pour défendre la liberté de navigation. La Chine menait des exercices militaires autour de l’île en réponse à la visite de la présidente taïwanaise aux Etats-Unis. Des navires chinois marquaient le Prairial, comme à chaque passage du détroit, mais plus près qu’à l’accoutumée.

Challenges -  Comment évaluez-vous les capacités de la marine chinoise ?

Geoffroy d’Andigné - La Chine est aujourd’hui en tonnage la première marine du monde. Le savoir-faire opérationnel et la combativité sont toujours difficiles à juger. L’Ukraine nous a rappelé cette leçon. La Chine a comme objectif de maîtriser totalement la première chaîne d’îles. Elle a l’avantage du terrain, proche de chez elle. Et dispose de la force missile et de multiples points d’appuis, y compris en mer de Chine dans les Spratleys et les Paracels. En revanche, pour la partie océanique, Pékin doit faire la démonstration de ses pleines capacités.

 

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Par Antoine Izambard

7 septembre 2023




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