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Point de Vue : "Aristos : vrai ou faux ?"

17 décembre 2023 Revue de presse
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Chez les aristocrates, la particule n’est nullement une garantie d’authenticité !© Siri Stafford/Getty Images

Noblesse authentique ou noblesse d'apparence ? Dans ce domaine, comme ailleurs, méfiez-vous des imitations !

Il faut savoir une première chose, essentielle ! La particule n’est nullement une garantie d’authenticité. D’ailleurs, au moins 10% des vrais "aristocrates" n’en portent pas, en particulier ceux qui ont hérité d’un titre du Premier Empire. Par contre, nombre de "de" sont roturiers. Ainsi, le patronyme du général de Gaulle - issu de la bourgeoisie champenoise et parisienne – viendrait de la forme flamande De Walle, signifiant "Le Rempart". On sait également que c’est le père du 3e président de la Ve République, Edmond Giscard, qui a relevé le nom prestigieux de l’amiral d’Estaing, en vertu d’un lointain cousinage. Il aurait songé auparavant à reprendre celui de "La Tour-Fondue", qui aurait sonné moins bien pour réussir une carrière politique ! Quant à la veuve de VGE, née Aménome Sauvage de Brantes, elle n’appartient pas à la noblesse pontificale, comme on l’a prétendu. Pour leur part, les ancêtres de Bernadette Chirac ont reçu de Napoléon III, en 1852, le droit de rajouter "de Courcel" à leur patronyme plébéien "Chodron". Mais c’est l’un de ses arrière-grand-oncles que le dernier empereur a fait baron héréditaire, titre transmissible aux seuls descendants directs.

Les vrais de vrais

Si l’on excepte les Capétiens, dont les origines remontent au moins au IXe siècle, il ne subsiste qu’une poignée de familles d’ascendance féodale. Les plus anciens sont assurément les d’Harcourt, dont on trouve traces dans les grimoires dès 966. C’est un certain Anquetil, seigneur normand, descendant du Viking Bernard le Danois qui vers 1050, prend le nom de sa terre d’Hariulfi Curtis. Actuellement, le 13e duc d’Harcourt et de Beuvron est Geoffroy, né en 1952, qui a hérité le titre en 2020, à la mort de son cousin François. D’autre part, une branche de la même famille s’est installée en Angleterre depuis le Moyen Âge.

 

Presque aussi anciens sont les Rochechouart-Mortemart. C’est en effet en 980 qu’Aimery de Limoges, époux d’Eve d’Angoulême, reçoit le fief de Rochechouart. Charles-Emmanuel, 16e duc de Mortemart, né en 1967, est l’actuel chef de famille. Les Gramont, apparus en 1003, sont en 2023 plus que millénaires. L’actuel duc de Gramont, "Antoine XV", âgé de 15 ans, peut également revendiquer le titre de prince souverain de Bidache, en Basse-Navarre, ce qui fait de lui un concurrent d’Albert de Monaco. Signalons au passage que le maître du Rocher, en droit nobiliaire français, n’est que comte de Polignac – comme héritier de son père. Tous ses autres titres (duc de Valentinois, marquis des Baux, etc.) venant en effet de son grand-père maternel, ne sont pas transmissibles en ligne féminine, illégitime de surcroît. Quoi qu’il en soit, la maison de Polignac – dont subsistent aujourd’hui de nombreux membres – date du XIe siècle. Et ses ancêtres portaient, en Velay, le surnom prestigieux de "rois de la Montagne" ! Enfin, le titre ducal le plus ancien est assurément celui de Jacques-Emmanuel de Crussol, 17e duc d’Uzès, né en 1957. Son ancêtre, Antoine, a été élevé à cette dignité en 1565, sous Charles IX. 

 

En revanche, c’est seulement en 1961 que Charles de Gaulle a autorisé le romancier Antoine de Lévis-Mirepoix à porter légalement en France le titre espagnol de duc de San Fernando Luis, et cela à titre viager. C’est donc seulement au-delà des Pyrénées que son petit-fils, prénommé également Antoine, né en 1942, est 7e duc de Fernando Luis et Grand d’Espagne. Outre un titre de baron décerné en 1828 par Charles X avec la pairie, à l’un de ses ancêtres, il peut surtout s’enorgueillir de celui, beaucoup plus ancien et prestigieux, de "Maréchal de la foi", hérité des Croisades.

 

Enfin, si vous pensez être le légitime héritier d'un titre, vous pouvez tenter de faire reconnaître ce droit en adressant une requête par voie d’avocat au garde des Sceaux, via le Conseil d’État ou la Cour de cassation. La section du Sceau de France au sein du "bureau des personnes et de la famille" du ministère de la Justice est seule compétente pour instruire les demandes d’investiture. Elle vérifie alors dans ses archives que le titre est régulier, qu’il a été transmis selon les règles de dévolution, à savoir en général, de mâle à mâle, en légitime mariage, par ordre de primogéniture. La section du Sceau présente ensuite un rapport au ministre de la Justice. Ce dernier prend alors (ou non) un arrêté d’investiture. Cette issue est particulièrement rare, puisque moins de 400 familles ont obtenu un tel arrêté depuis 1875. Elles ont pu alors rejoindre les rangs de l'A.N.F. (Association d'entraide de la Noblesse Française) à condition de satisfaire aux exigences très strictes de sa "Commission des Preuves"...

 

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Par Philippe Delorme

Dimanche 17 décembre 2023

 

* Cet article n'engage la responsabilité que de son auteur.




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