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Famille Chrétienne : "Béatrix d’Ussel : « Dans le deuil, la nature a un pouvoir de résilience »"

23 juin 2024 Revue de presse
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Gestionnaire de l’arboretum de Neuvic d’Ussel, Béatrix raconte son cheminement, entre enracinement dans une terre et ouverture sur le Ciel et vers tous ceux que ces lieux lui ont donné de rencontrer.

Auprès des visiteurs de son arboretum, Béatrix d’Ussel témoigne du Christ ressuscité. - Thierry Laporte pour FC

En bottes de caoutchouc et polaire kaki, le port de tête altier sous un beau chignon blanc, Béatrix d’Ussel accueille ses visiteurs, l’œil pétillant et le sourire aux lèvres. À bientôt 80 ans, la châtelaine, passionnée, parcourt chaque soir les 6 hectares du parc sur lequel elle veille depuis dix-neuf ans. Rien pourtant ne la destinait à cette vie de gentleman-farmer : née d’un père marin, celle qui a passé toute sa jeunesse sur les bords de la Méditerranée rencontre son mari, Patrick, à 20 ans. Celui-ci lui présente non seulement sa famille mais aussi le domaine : « Si tu m’épouses, tu épouses tout cela », prévient-il. Pas de quoi rebuter la jeune femme, au contraire : « Mes parents n’avaient plus de propriété. Je retrouvais un enracinement », explique-t-elle. Du couple naissent deux filles et deux garçons.

Or, le domaine – non seulement le parc, mais aussi le château – s’avère onéreux à entretenir. Aussi, pour pouvoir le transmettre, l’idée émerge d’ouvrir l’arboretum au public. Le projet, porté par le couple, rencontre néanmoins quelque résistance : « Ma belle-famille vivait comme dans une citadelle », raconte la maîtresse des lieux. Il faudra toute sa ténacité pour faire retirer les tôles qui, sur les deux grands portails, dérobaient la vue du château au regard des passants. « Quand j’ai suggéré de les enlever, ma belle-mère m’a objecté : “Mais Béatrix, tout le monde va nous voir ! – Et alors ?, lui ai-je répondu. Nous ne faisons rien d’illégal !” »

« Cette grâce, c'est la paix du coeur ! »

En 2001, Guillaume, l’aîné des fils, futur héritier du domaine, décède tragiquement, à 27 ans : le chasseur alpin, victime d’un accident de montagne, laisse derrière lui une jeune épouse. Béatrix et Patrick font alors transformer l’ancienne porcherie en chapelle dédiée à saint Guillaume, à la mémoire de leur fils, mais aussi à celle de son grand-père, mort en déportation, et d’un autre Guillaume de la famille. Trois ans plus tard, c’est au tour de Patrick, malade, de rejoindre le Ciel : les deux décès, coup sur coup, meurtrissent profondément la famille, et au premier chef Béatrix. Elle confie : « La veille de sa mort, un Samedi saint, mon mari a prononcé : “Pontmain, [Notre-Dame de] la Font Sainte, une vision sur l’Au-delà. Tu sais, quand on a vu le Ciel, on ne peut pas revenir.” Peu après, je me suis rendue à Pontmain, le recteur m’a imposé les mains pour que j’obtienne la grâce du lieu. Cette grâce, c’est la paix du cœur ! »

Elle reçoit aussi un songe : « Je vois mon fils, Guillaume, accueillant son père avec ces mots : “Tiens Papa, te voilà, je t’attendais.” » Elle n’en parle à personne, mais au téléphone, sa belle-fille, la veuve de Guillaume, lui raconte avoir eu exactement le même songe. Bouleversée, la châtelaine décide, quelques années plus tard, de commander, en guise de vitraux, les verrières en intaille de la chapelle, auprès de l’artiste Françoise Bissara-Fréreau (voir FC n° 2402) : elle y fait représenter le Christ ressuscité ; la rencontre de Dieu dans la montagne – comme celle de Moïse, mais aussi de son fils, dans l’avalanche – ; le Christ donnant la paix à l’humanité sous les traits d’une femme, comme elle-même l’a reçue ; la communion des saints entre les vivants sous l’action de l’Esprit Saint et avec les défunts. « C’est là que s’achève la visite guidée. Quand je leur raconte cette histoire, mes visiteurs, assis sur des bancs après deux heures de promenade, sont frappés d’étonnement. Une visiteuse m’a dit un jour : “Ça m’a mise en chemin.” Et une autre : “Vous avez consolé mon amie.” » Celle qui donne son témoignage avec simplicité et émotion conclut : « Comme la petite Bernadette, je ne suis pas chargée de le leur faire croire, je suis chargée de le leur dire ! »

Le domaine doit s'ouvrir au monde pour subsister

À son mari, Béatrix avait promis de s’occuper de la propriété : une promesse qu’elle va tenir non seulement par fidélité, mais aussi par goût. Elle poursuit le projet de réhabilitation entrepris par le couple, et y puise du réconfort : « La nature a un pouvoir de résilience extraordinaire. Elle est vivante ! » Cette « fonceuse », comme elle se décrit elle-même, suit des formations en botanique, s’entoure de spécialistes, voyage, rapporte des essences, etc. Et continue de se démener depuis dix-neuf ans. Persuadée que le domaine doit s’ouvrir au monde pour subsister et trouver sa place, elle collabore avec la mairie de Neuvic, le territoire et les associations environnantes. « Je m’amuse beaucoup, confesse-t-elle. J’ai rencontré nombre de personnes que je n’aurais pas connues autrement ! Ce projet m’a réconciliée avec la vie. »

 

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Par Justine Guy

Publié le 23 juin 2024